Les tableaux de culte des ethnies montagnardes du Nord

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Le tableau de culte des Daos.

Les tableaux de culte font partie intégrante de la vie spirituelle des ethnies qui peuplent les régions montagneuses du Nord. Chaque ethnie a une manière bien à elle de réaliser ces dessins qui sont inspirés soit par le bouddhisme soit par le taoïsme.

Les Tày, les Nùng, les Dao, les Cao Lan et les San Diu utilisent ces tableaux à l’occasion des funérailles et des cérémonies rituelles. Mais ce sont les Tày et les Dao qui en possèdent le plus grand nombre. Le peintre Nguyên Manh Duc est un grand connaisseur: «Ces ethnies croient que les génies qu’elles vénèrent dans leurs tableaux de culte veillent sur l’âme de leurs morts et leur montrent le chemin vers la délivrance. Il y a deux types de tableaux de culte, l’un encourage à un mode de vie sain et l’autre met en garde contre les châtiments qui s’abattent sur celles et ceux qui accumulent trop de fautes.»

Au moment des funérailles, c’est à l’aide de ces fameux tableaux que les proches du défunt intercèdent en sa faveur, pour lui éviter l’équivalent de l’enfer chrétien. Les dessins de ce type qui sont conservés au Musée des Beaux-arts du Vietnam sont pour la plupart des œuvres d’artisans de Hàng Trông. Nguyên Manh Duc, toujours: «En fait, les premiers tableaux de culte à avoir été utilisés par les ethnies montagnardes du Nord étaient des estampes rituelles de Hàng Trông. Ce sont les Tay qui en ont conservé le plus. Il y a un deuxième type de tableaux de culte, dessinés par ces ethnies elles-mêmes, et qui s’inspirent de ceux utilisés en plaine en y ajoutant des couleurs typiquement locales, lesquelles sont faites à partir de cinabre ou de feuilles d’une plante herbacée du nom de Mahakanni. Ces dessins ethniques sont plutôt naïfs mais très diversifiés.»

L’artisan Lê Dinh Nghiên, l’unique héritier des estampistes de Hàng Trông, est aussi l’auteur de plusieurs tableaux de culte utilisés par les minorités ethniques du Nord: «On dessine un trait horizontal avec un pinceau en pressant légèrement aux deux extrémités du trait. Ce geste tout simple suffit à reproduire le sourire du Bouddha. Pour décrire son visage doux et gentil, on utilise des couleurs diluées dans l’eau à quantité égale couleur-eau. Cette technique n’existe qu’au Vietnam, on ne la retrouve nulle part, ni en Corée, ni en Chine, ni au Japon.»

Chez les ethnies, les dessinateurs susceptibles de réaliser les tableaux de culte doivent observer des règles strictes, comme nous l’explique Nguyên Manh Duc: «Il ne suffit pas de savoir bien dessiner. Avant de réaliser ce tableau rituel, l’artisan doit surtout se séparer de sa femme et de ses enfants pendant un certain temps. Il doit se consacrer entièrement à ce travail de création qui est en soi un rituel.»

À la différence des estampes de Dông Hô, Hàng Trông ou Kim Hoàng, les tableaux de culte des ethnies montagnardes du Nord n’ont pas de fonction décorative. Les couleurs récurrentes sont le rouge, le bleu ciel, le blanc et le jaune. La tradition veut que ces tableaux soient impérissables. Ainsi, lorsqu’ils se déchirent, on ne les jette pas mais on les recolle, comme nous l’indique Nguyên Manh Duc.

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